SOLO SEX TUOR MULTIPLE

une quête des origines et de la désintégration

Quelques mois consacrés à la mise à flot de ce gros vaisseau que va être La Toison dort au Générateur. A vous maintenant de venir y embarquer si le coeur vous en dit. Bienvenue à bord !

LA TOISON DORT

Mise en oeuvre, textes, mixages sonores, vidéos, interprétation: David Noir
Musique improvisée: Christophe Imbs
avec Any Tingay, Valérie Brancq, Sonia Codhant, Philippe Savoir, David Noir


Création vidéo live, régie son : Guillaume Junot

Création lumière, régie lumière : Jérôme Allart





LA TOISON DORT au GÉNÉRATEUR du 13 AU 15 JANVIER 2012 - 16 Rue Charles Frérot, 94250 Gentilly

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La Toison dort au Générateur | David Noir | Graphisme © Philippe Savoir
La Toison dort au Générateur | Graphisme © Philippe Savoir

3 performances donnant lieu à 15 heures de représentation où les spectateurs ont la possibilité de se mêler aux comédiens pour interpréter texte en main, les mots de cette épopée et incarner les situations qui s’inventent au fil des improvisations.

La Toison dort au Générateur | Valérie Brancq en Killer klown à fourrure | Photo © Karine Lhémon
La Toison dort au Générateur | Valérie Brancq en Killer klown à fourrure et Philippe Savoir à droite | Photo © Karine Lhémon
Extrait du dossier de La Toison dort au Générateur

Le projet 2012 : LA TOISON DORT ou Jazon et les Définitives Créatures

Cette version à venir de « La Toison Dort » est issue de la fusion d’un premier noyau d’épisodes présentés à un public régulier et fidèle, mais dans de modestes conditions matérielles. Nous nous devions aujourd’hui de considérablement augmenter ce cadre pour donner naissance à la forme nouvelle visée. La chance nous en est donnée grâce à l’accueil bienveillant d’Anne Dreyfus et de son équipe, dans ce stupéfiant espace totalement dégagé d’obstacle qu’est Le Générateur, vaste décor muet, semblant renaître perpétuellement vierge après chaque passage d’une création artistique en ses murs, grâce à la qualité unique de l’esprit qui y règne. C’est donc une 16ème englobante et conséquente étape de « La Toison Dort » que ces feuillets visent à présenter et qui verra le jour les 13, 14 et 15 janvier 2012 dans ce lieu ample et chargé d’âme, entièrement dévolu à la création contemporaine, idéal pour un projet tel que celui-ci. Loin d’être pour autant un ultime aboutissement, le but de cette proposition est de propulser l’embarcation hors de ses espaces de recherche pour la confronter en situation réelle à son ambition d’origine : générer autour de ses flancs un bain suffisamment profond et dégagé d’obstacle pour que se dissolvent les contours des
rôles, tant des acteurs que du public et qu’un bouillon de culture neuf s’en exhale et finisse par y délicatement surnager.
Ce sera pour le voyage de La Toison, la mer limpide où viendront flotter la dizaine d’îlots, décors de son premier parcours, cette fois réunis sur une seule carte, au cours d’un seul temps étiré durant lequel ce nouveau prototype pourra faire ses armes.
Une performance de David Noir a également été créée précédemment au Générateur il y aura tout juste un an, sous le titre « AltereGo! ».

La Toison dort au Générateur | Photo © Bernard Bousquet
La Toison dort au Générateur | Photo © Bernard Bousquet

Des textes à tenter de dire et faire entendre,

Des textes qui circulent au sein de mes testicules.
Des corps à voir et approcher,

J’aime l’émoi humaniste qui anime la peau de nos sexes comme la terre la plus pacifiée de notre corps armé.

La Toison dort est un spectacle vivant qui attend votre visite comme une exposition en suspens.

La Toison dort au Générateur | Flyer | Texte © David Noir | Graphisme © Philippe Savoir
La Toison dort au Générateur | Flyer | Texte © David Noir | Graphisme © Philippe Savoir


Et la salive se ravalait sous l’aspect du malheur,
Et le cœur se dévorait lui-même en guise de goûter

Durant ces trois journées, vous pourrez :
Bras trop court,
Juste passer,
Cœur trop faible,
Simplement visiter,
Enlisement,
Y rester
Pour moi, la messe était dite.
Vous y mêler,
C’est ce que je pouvais penser.
Écouter, voir, chanter,
Rien, ni personne ne me sauverait.
Jouer, vous déshabiller,
Au galop, au galop,
Errer, danser
Décès.

À propos de « La Toison dort »

 

« La Toison dort » s’adresse avant toute chose au « Public », si cela veut dire quelque chose d’englober ainsi sous un terme générique, la diversité des individualités venues vivre des instants si différemment partagés en un même lieu. Néanmoins, c’est bien dans sa globale étrangeté, que la somme des spectateurs est ici abordée. Comme un vaste corps pouvant possiblement entrer en collision productive avec le nôtre ; une planète lointaine abritant une civilisation intrigante, aux confins de la galaxie mise en place.

De la même façon qu’en 1969, à bord du vaisseau Apollo XI, puis en 1972 sur la sonde spatiale Pioneer X, la Nasa embarquait un message de paix accompagné d’une illustration représentant l’être humain et sa position dans le système solaire à destination d’une potentielle vie extraterrestre, générer une œuvre vivante revient pour nous, compagnie, à tenter un contact entre une expression nouvelle et ces multiples porteurs de langages inconnus que sont les spectateurs et les spectatrices. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans les missions ultérieures – Voyager 1 et 2 – fut adjoint un disque multimédia contenant des sons et des images de la Terre ; une « bouteille à la mer interstellaire » selon ses concepteurs. Quoi de plus similaire aux supports dont nous usons fréquemment aujourd’hui en scène pour diffuser les codes de nos civilisations personnelles. 

C’est en utilisant ces notions de « bouteille à la mer » et d’infini cosmique que s’est imposé peu à peu le concept de « La Toison dort » comme étant celui d’un voyage à travers l’espace – temps vers mes contemporains ; de l’antique fantasmé au réel du moment présent, de la préhistoire de l’esprit humain à la parole la plus trivialement banale de notre quotidien.

La scène en serait l’astronef et la mythique quête de Jason, le carnet de bord. Traces et itinéraires, cartes et mémoires des lieux de l’intime en constitueraient le parcours. Le Chaos serait lui aussi convoqué comme on se doit de le faire pour chaque création d’origine, pour chaque naissance d’un monde. Resterait alors à scientifiquement construire les étapes poétiques de cette épopée.

Tout d’abord un texte, une parole. Celle-ci vint facilement comme étant celle d’un personnage, ce Jason que j’avais en moi, héros de peu de foi, explorateur avide des âmes et des corps se tenant sur sa route. Il suffirait de le laisser parler, énoncer sa vision en stratège inquiet et déterminé comme un animal qui cherche sa pitance. En résulterait une quête, sans concession aux préceptes sociaux ; une lutte violente et désirante à la dimension de sa soif d’exister.

À travers de nombreuses expériences préalables, comme autant d’essais préparatoires, « La Toison dort » a interrogé son format. Initialement micro planète, agrégat de poussières compactées en une adresse simple et directe aux spectateurs, puis déclinaisons évolutives vers des solos élaborés et finalement accompagnés d’autres présences, l’entité « Toison / Jazon », désormais orthographiée d’un « Z » plus vif et tranchant, a fini d’échafauder les plans de son périple. S’éloignant du plateau obscur et isolé des théâtres, sa forme en expansion englobera scène, salle, public en une vaste matrice où toutes les frictions moléculaires seront possibles. Un ample tube à essais dans lequel les forces mises en présences auront davantage de probabilités de fusionner, de s’aimanter ou de se repousser. Nous présentons donc un système dans lequel texte, musique et sons, corps et costumes sont à portée de main du visiteur, de la visiteuse. Une exposition fleuve qui déroule son parcours au rythme de celui ou celle qui y pénètre.

Comme dans tout univers propre à se développer, « La Toison dort » offre un modèle de vie autonome. Telle la répétition théâtrale, nul besoin de spectateur dans ce temps premier pour que le travail ait son sens. Il vit selon sa boucle et se dessine suivant les méandres de sa recherche. L’analogie s’arrête ici, car l’ambition de notre projet est que cette forme de représentation, si elle ne souhaite pas attendre du public qu’il en soit le déclencheur vital, se prête néanmoins à être entièrement bouleversée, catalysée, fécondée même, par l’immission (concentration d’un « polluant » dans l’air et conversions chimiques en découlant) de corps étrangers. La barrière n’est pas à franchir, elle est délibérément ouverte. Mais pour n’être pas stérile, neutralisée par les inhibitions courantes et les attitudes convenues, l’improvisation réclame d’être hautement préparée en amont. C’est donc selon un plan précisément préétabli que pourra se faire la rencontre et que nous pourrons favoriser délicatement le surgissement des réactions. Nous ne visons là aucunement l’interaction dans son acceptation galvaudée et banale d’un contact primaire autant que superficiel. « Jouer avec les autres » nous apparaît plus profondément psychique qu’une réduction à de simples échanges familiers.

Pour ce faire, l’étrangeté singulière de l’acte créatif doit, non pas être uniquement offerte comme un présent consommable, mais recréée avec sincérité en présence de l’autre, sous ses yeux, dans la chaleur de son souffle, dans le respect attentif d’une progressive réduction des distances. Cela réclame du temps, de la durée et ne doit donc aucunement être imposé à celui ou celle qui ne voudrait qu’effectuer une rapide promenade entre les mondes offerts. À qui perçoit les signaux d’une invite à aller plus avant dans le jeu, à perforer puis troquer sa peau de spectateur contre celle d’un joueur effectif en mutation, nous laisserons le champs libre pour se frotter aux textes, aux micros, aux morceaux de déguisements, aux masques et aux prothèses. Peu importe qu’un accessoire nous fasse défaut à un moment T, puisque ce sera déjà le principe même qui régira les rapports entre nous, membres de l’équipe, lors des répétitions.

Ces répétitions, ces préparatifs ne viseront qu’à susciter l’émergence d’une compréhension commune de l’ouvrage ; qu’à créer un mode d’approche des repères et non une fixation de ceux-ci. Quand l’acteur devient nu, son corps et sa pensée suffisent à délivrer la substance de son propos ; nul accessoire n’est plus alors indispensable.       

Outre le texte composé à ce jour de 55 séquences principales, elles-mêmes subdivisées en plusieurs séquences annexes, cinq projections vidéo essentiellement textuelles, de la musique produite en direct, des bandes sons, les vestiges de micros décors des épisodes antérieurs, de multiples déguisements et accessoires à la fonction illustrative enfantine, des cartes mentales, cœur de la forme actuelle du projet, seront mises à disposition du public, ainsi que les divers poèmes en prose composant « la Toison dort » depuis ses origines. Ces cartes, conçues à partir de logiciels de plus en plus couramment utilisés dans le monde de l’entreprise, ont pour caractéristiques de donner toutes les clefs du système proposé, tant aux interprètes qu’aux spectateurs. Les mystères à venir ne résideront donc pas dans des secrets de fabrication, mais au contraire, dans l’accès total aux données et aux processus de cheminement mis en place.

Le corps, le désir, la sexualité, la solitude psychique et physique de l’être, la mise à jour, à chaque pas renouvelée de l’inconcevable traversée du désert que peut être la vie en société, les affects, les traumas et l’impérieuse nécessité de satisfaire son animalité pour survivre ; tout ce qui fait l’essence de nos vies humaines est aussi l’expérience de Jazon. L’homme s’est bâti un monde où il ne suffit pas de vivre ; où il faut exister. La quête est le moteur de toutes nos ambitions, fussent-elles les plus modestes en apparence. Nous cherchons à …

devenir, grandir, posséder, transmettre, inventer, jouir, découvrir, nous protéger, disparaître, aimer … la liste, si elle n’est infinie, contient du moins l’ensemble des verbes de toutes les langues jamais créées. Nous cherchons à Agir ou nous retirer de l’Action. Voilà notre choix réduit à sa plus simple formule. Dés lors, la crudité des mots ou des choses de la vie, si souvent glosée sans fondement à propos d’une œuvre, n’est pas, à nos yeux, un sujet en soi. Elle ne l’est que pour qui veut vivre cette vie à travers une esthétique supportable et non sa réalité.

Les choses sont ; on ne les invente pas de toutes pièces ; on s’aperçoit qu’elles existent ou qu’elles seront possibles un jour probable. Il en va ainsi pour le type de représentation prônée ici. La poésie offre un ailleurs qui n’est qu’en apparence constitué des symptômes ressentis par le regard ou l’écoute extérieure. La pratique montre aisément qu’il s’agit non d’impressions fugaces et aléatoires, mais de manifestations objectives du psychisme des cerveaux qui les produisent. Il n’y a donc pas lieu de déterminer comme étant bien ou mal tel ou tel choix qu’il nous reviendrait de faire. C’est ainsi ; voilà tout ; parce qu’une nécessité de faire ou de dire existe. Pas de provocation donc, à voir à travers les corps nus, les images de nos désirs et les jeux de mots foisonnants, simplistes, insaisissables ou potaches. « La Toison dort » est un réseau de synapses, d’images mentales et de connections tendues, projetées vers d’autres nébuleuses d’où affleurent à la périphérie, les rhizomes adhérents qui enjoignent aux rencontres. La théâtralisation de nos actes et de nos pensées a-t-elle un autre but ? Oui, celui de ne pas se contenter d’un contact furtif d’un soir, mais de tracer des canaux d’où s’écoulent substances émotionnelles et concepts en direction de l’autre. Nous nous proposons par ce dispositif, de tenter l’expérience, non d’un jaillissement unilatéral aussi riche soit-il, mais d’une osmose* au sens le plus physique du terme.

*L’osmose est un phénomène de diffusion de la matière mis en évidence lorsque des molécules d’eau (de solvant de façon générale) traversent une membrane semi-perméable qui sépare deux liquides dont les concentrations en produits dissous sont différentes. La différence de concentration provoque une différence de pression osmotique qui engendre un déplacement du solvant à travers la membrane. (Wikipédia)